Von Bikräv est un mec aussi secret que son art : le gabber. Il est aussi le géniteur du frapcore avec son collectif Casual Gabberz. Un style qui mêle les sonorités venues d’Hollande au rap. Après plusieurs rendez-vous reportés, nous l’avons rencontré en marge de sa première scène avec Alkpote.

 

Pour toi, c’est quoi le gabber ? 

Franchement, je ne saurais pas te le dire. Le terme est abstrait et le style assez vaste. Cette culture a plus de 20 ans. Elle s’est depuis pas mal développée. On affilie couramment le gabber au early hardcore. Ce dernier représente le début du mouvement dans les années 90. Il regroupe hardstyle, newstyle, jumpstyle, uptempo ainsi qu’une multitude d’autres déclinaisons. Un peu comme la house et la deep house, tech house, acid house…

Dans quel univers musical as-tu baigné ?

Je suis un petit des années 80. J’ai été bercé par l’eurodance, mais comme tout Paris à l’époque, c’est le hip-hop et le rap qui m’ont le plus attiré. J’ai saigné NTM, IAM, MC Solaar et tous les MCs médiatisés. Je ne me suis intéressé aux rappeurs underground que bien plus tard, pour finir vers le rap US. J’ai préféré passer aux OGs plutôt que d’écouter les copies françaises.

Comment en es-tu arrivé au gabber ?

Un peu par hasard. J’écoutais pas mal de techno et de house. Le style n’a jamais eu d’ampleur énorme sur la capitale. Je l’ai découvert via Internet. Les pubs des compils Thunderdome m’avaient choqué quand j’étais gosse. J’ai tout téléchargé et redécouvert des années plus tard cet univers. Ça doit faire quatre ans que j’en produis, mais je suis dedans depuis bien plus longtemps.

Pourquoi avoir choisi ce blase ?

À l’époque, mon collectif et moi nous sommes pas mal déplacés dans les pays voisins. Que ce soit en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Mon nom est inspiré cette culture. J’ai pris un mot d’argot français très populaire en y ajoutant une consonance néerlandaise.

Le frapcore, ça vient d’où ?

Quand Evil Grimace a sorti « 3 Litres » en 2014, on s’est tous demandé pourquoi on n’y avait pas pensé plus tôt. Je pense que nous sommes les premiers à avoir posé un nom sur ce style, mais certains producteurs l’avaient déjà tenté avant nous.

Tu disais plus tôt que le gabber galérait un peu sur Paris.

Yes, mais dès qu’on remonte un peu plus au nord c’est le feu. On parle d’une musique vouée à être jouée dans de gros festivals avec des installations son monstrueuses. Je ne connais pas de lieu qui réunisse ces conditions sur Paname. Les jeunes s’y ouvrent quand même davantage. Le hardcore est moins diabolisé qu’auparavant, même si le côté punk à chien ressort toujours.

Tu t’es déjà produit en Hollande ?

Pas encore. Je ne pense pas qu’ils aient besoin de moi. Le gabber est dans leur culture et ils ont une scène vraiment riche. Il m’arrive de jouer en Belgique, le public est super chaud chez vous !

Et Casual Gabberz dans tout ça ?

À l’origine, notre collectif organisait des soirées pour combler le manque de notre ville. On a créé un label du même nom, puis l’idée d’une compilation a vite émergé. Nous avons demandé à plusieurs producteurs d’interpréter le gabber à leur sauce. Inutile De Fuir est né.

D’autres compilations sont dans les plans ?

En ce moment, on développe nos projets individuels. Ça finira évidemment par arriver.

Comment travaillez-vous vos visuels ?

Chez Casual Gabberz, on est tous un peu graphistes. Esteban Gonzalez, un DJ du crew, s’occupe de la direction artistique de tous nos designs. Pour les petites bricoles, je m’en charge moi-même. J’essaye de rester fidèle à ce qu’il a mis en place. On soigne notre patte avec attention.

Comment se sont déroulées tes collaborations avec DJ Weedim ?

J’avais accroché sur « Diamanté » de Biffty, dont il avait fait la prod. Il m’a envoyé les acapellas. J’ai fait ce son par plaisir. Le remix du « Tounsi Freestyle Pt. 2 » a été réalisé sous d’autres directives. Weedim avait à l’esprit de faire un album remixé de la Boulangerie Française Vol. 2. J’ai vraiment adoré taffer avec Alkpote.

Les retours sont bons ?

Pas mal (sourire). Je me balade sur les commentaires des vidéos. Certains trouvent que c’est de la grosse merde, mais globalement les gens ont l’air plutôt satisfaits et ouverts. Les petites guerres entre genres musicaux n’existent plus. En live, par contre, le public est unanime.

Comment envisages-tu l’évolution du frapcore ?  

J’aimerais franchir le cap du remix et produire mes propres sons. Nous l’avons déjà fait quelques fois, mais je voudrais aller encore plus loin. La diversité que propose le rap me permet de le mélanger avec presque n’importe quel style. Je pense que tout le monde s’ennuierait si les genres ne se croisaient pas. Le frapcore doit devenir un truc à part entière et s’affranchir des bootlegs.

À quoi ressemble ton processus créatif ?

J’ai tellement de plug-ins et de sons différents qu’il suffit de digger. Chaque découverte d’un nouveau synthé ou d’un nouvel effet m’ouvre des portes artistiques.

Ce n’est pas trop compliqué de trouver tes acapellas ?

Un peu, mais quand je galère je vais sur Twitter et demande directement aux gens. Sinon, je contacte les artistes, les producteurs, voire le studio d’enregistrement.

As-tu déjà eu des problèmes de droits avec certains tracks ?

Quelques morceaux ont sauté à cause de nouveaux algorithmes sur SoundCloud et YouTube, sinon non. La plupart de mes remix ont été réalisés sans rien demander à personne et je n’ai eu aucune plainte. Je fais quand même gaffe à ne pas produire dans le vent.

Ne crains-tu pas de devenir trop répétitif dans tes sons ?

Je prends du temps pour expérimenter de nouveaux procédés et me renouveler. Je m’impose des contraintes et fais attention à ne pas réutiliser tout le temps les mêmes instruments. Le côté recette magique ne me plaît pas. Les logiciels sur lesquels je bosse m’offrent une palette infinie de sonorités, ça devrait aller (sourire).

 

Texte : Ugo Margolis

Crédit : Julian Pierrot

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