À l’heure d’un rap où les frontières entre genres sont en mutation permanente, le collectif new-yorkais City Morgue – composé du duo ZillaKami / SosMula et du producteur Thraxx – pourrait bien s’imposer comme pionnier d’un mouvement inédit, à mi-chemin entre trap et métal.

 

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Commençons par clarifier les choses d’entrée de jeu. City Morgue préfère se définir comme appartenant au nu métal plutôt qu’au trap métal. Certes, le crew partage des thèmes de prédilection et sonorités parfois semblables à Ghostemane, Pouya ou Scxrlord, mais sa démarche artistique est si poussée que le comparer à tout prix serait farfelu. Ne pas s’arrêter qu’aux codes musicaux et approfondir les recherches est parfois nécessaire pour saisir l’univers d’un artiste. Un adage d’autant plus véridique dans le cas du groupe, qui suscite un intérêt croissant tout en cultivant une image aussi inquiétante qu’énigmatique.

Flashback en 2016

L’épopée City Morgue a été facilitée par un homme : Peter Rogers aka Righteous P, le CEO du label Hikari-Ultra et accessoirement demi-frère de Junius Rogers, alias ZillaKami. Avant la création de la clique telle qu’on la connaît en 2017, Zilla entame sa carrière aux côtés du rappeur arc-en-ciel 6ix9ine. Il a en tête le concept d’un duo dont il interpréterait l’aspect cryptique, tandis que Tekashi s’occuperait de la facette gangsta. Seuls deux tracks ressortent de cette collaboration : « Yokai » et « Hellsing Station ». Un beef éclate alors entre les deux parties. Nul besoin d’entrer dans les détails et de remuer le passé… Nous sommes ici pour parler de City Morgue !

Une vérité reste cependant à rétablir. ZillaKami ne s’est pas contenté de s’associer à l’artiste. Il lui a notamment ghostwrité plusieurs textes et a participé au développement de son identité visuelle. L’idée des grillz et tresses multicolores était par exemple la sienne. 69 s’adaptait au style de son binôme plus que l’inverse. On remarque clairement un avant / après dans la façon qu’a eu et aura de kicker le rappeur par la suite, et qui le conduira indirectement au succès planétaire qu’on lui connaît aujourd’hui.

Naissance de la Morgue

Pendant tout ce temps, Vinicius Sosa – plus connu sous le nom de SosMula ou Big Sleeze – était incarcéré. Righteous P, qui bossait dans le tattoo shop de sa mère, fera le lien entre ce dernier et ZillaKami le jour de sa libération. Depuis cette date, les deux acolytes n’ont jamais cessé d’enregistrer du son ensemble. Sans le savoir, le titre « Go » sorti début février 2017 avec Ballabonds annonce les prémices de ce que deviendra City Morgue. Un morceau qui produit le même effet sur notre cerveau que le napalm le ferait sur une forêt par un jour de canicule.

« Babbage Patch Kids » et « Yukkmouth » arrivent les semaines suivantes. Les chiens de guerre sont lâchés et distribuent les déflagrations auditives à la pelle. En à peine cinq mois, une dizaine de pistes voit le jour sur SoundCloud et YouTube. Zilla tente même l’expérience de l’EP solo sur LifeIsAHorrorMovie, avant de le retirer des plateformes car insatisfait.

Les prods utilisées par le groupe à cette période sont mixées à la machette. Une agressivité qui peut surprendre, mais dont le côté ultra saturé ne perd néanmoins pas son charme. Le collectif est en rodage, prêt à exploser et souffler un vent de désolation sur quiconque croisera sa route. Trois singles vont alors sortir de terre et le faire passer dans la catégorie des poids lourds.

La vie, sans filtre

Les clips de « Shinners 13 », « SK8 Head » et « 33rd Blakk Glass » sont mis en ligne sur WORLDSTARHIPHOP entre février et mai 2018.  Le laps de temps qui s’écoule entre la création du crew et ces sorties permet à City Morgue de se développer, bien épaulé par l’équipe d’Hikari-Ultra. Le beatmaker Thraxx se fait également de plus en plus présent et propose des mélodies démoniaques aux drums effroyables.

Un monde obscur dont l’existence était jusqu’ici ignorée se dévoile. Les images fascinent autant qu’elles troublent. Elles présentent une violence inouïe. La prise de drogues dures est totalement assumée, pour ne pas dire revendiquée. Les prostituées et les armes viennent se mêler à une atmosphère surréaliste dont l’enfer semble être le terminus. Choquer n’est pas la seule intention qu’a le gang. City Morgue cherche à révéler une réalité dissimulée de la société. Oui, des gens se shootent à l’héroïne et fument du crack. ZillaKami et SosMula ont grandi dans des quartiers où ces produits représentent un véritable fléau. Exposer l’envers du décor ne signifie pas qu’ils en font l’apologie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le duo fait à plusieurs reprises référence à des réalisateurs comme Larry Clark ou Danny Boyle. Ils ont été bercés par leurs films, les jeux vidéo et un environnement dont la cruauté est exponentielle.

L’univers psychédélique de City Morgue arrivera jusqu’aux oreilles de Denzel Curry. Son coup de cœur est tel qu’il invite ZillaKami sur son album TA13OO et offre à la paire l’intégralité des premières parties de sa tournée sur le sol américain. Le groupe cultive une aura quasi religieuse et gagne de plus en plus d’adeptes. Son premier projet est désormais attendu de pied ferme.

Le succès pour seule issue

Malgré un fort engouement autour d’eux, les New-Yorkais vont se faire désirer en prenant le temps d’étoffer leur musique. Elle est l’unique échappatoire possible à leurs yeux. Mula le dit lui-même dans « Drag Me To Hell », il est prêt à sacrifier ses relations les plus proches pour subvenir à ses besoins. Ce son fait partie de l’EP trois titres Be Patient, servi en guise d’apéritif en attendant une œuvre commune plus conséquente. Un teasing qui durera deux mois, jusqu’au 12 octobre dernier et la sortie de City Morgue Vol. 1 : Hell Or High Water.

Cette mixtape constitue la signature de City Morgue en tant que précurseur d’un genre unique, à des années-lumière de tout ce qu’il était possible d’écouter jusqu’alors. Une alchimie parfaite raisonne entre les verses lugubres de ZillaKami et les lyrics explicites de SosMula, à ne surtout pas sous-estimer tant il apporte au crew par sa versatilité. Son solo « KenPark » en est la preuve même. D’une line à l’autre, il décrit son goût pour les grands restaurants avant de rappeler qu’il est le seul de son hood à posséder un RPG en cas de pépin. Parmi les 14 titres, on retiendra également l’ambiance morbide de « Downer ». Les deux compères y vantent les profits de leurs divers trafics et préviennent leurs concurrents : s’ils les choppent en train de dealer dans leur quartier, ces derniers devront payer des taxes !

Le projet marque l’esprit au fer rouge sans pour autant être révolutionnaire. Il est une porte d’accès au groupe, qui expérimentera sans doute par la suite des axes encore plus sombres. Depuis la sortie de l’opus, City Morgue s’en est venu tourner en Europe et a fait sold out à presque chacune de ses dates. Le clip de « Caligula » a été capturé à Berlin. « Nitro Cell » est sorti de nulle part quelques jours plus tard, suivi par « Lamborghini Getaway ». Des projets solo des deux artistes devraient arriver sous peu. La Morgue, quant à elle, continuera de faire son bonhomme de chemin en laissant des cadavres sur son passage.

 

Texte : Nathan Barbabianca

Crédit : Shxtsfired

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