Après s’être échauffé en 2017, Lil Baby a officiellement fait son entrée dans la cour des grands l’année passée. Fort de plusieurs projets concluants, il a dévoilé en novembre son dernier jouet : la mixtape Street Gossip. Hyperactif nourrit à la trap dès le berceau, le nouvel enfant prodige d’Atlanta a conclu 2018 comme il l’avait commencé, en bombe.

 

Atlanta, ville sainte de la trap, ne cesse de former de nouveaux prophètes pour propager sa doctrine. Parmi les dernières naissances en date, Dominique Jones alias Lil Baby. Auteur de ses premiers mots en 2016, le jeune homme de 23 ans n’a plus rien d’un nourrisson. Entre une enfance sans père, une adolescence agitée et un difficile passage de deux ans en prison, sa trajectoire n’apparaît sûrement pas comme idéale. Elle fut néanmoins nécessaire à la construction de son univers artistique, aux antipodes des autres rappeurs actuels. La musique de Baby s’apparente à un retour aux préoccupations primaires du rap. Son domaine, c’est la rue et ses différents aspects : sa difficulté, ses joies, ses peines, ses bruits… Un condensé de diverses réalités que l’on retrouve toutes dans Street Gossip.

« Made myself a millionnaire, it only took a year »

Si Lil Baby peut se targuer de sa réussite, c’est qu’il a sacrément charbonné. Quatre projets pour la seule année 2017 ainsi que l’album Harder Than Ever en mai 2018. Un rythme de forcené rare même pour un nouveau venu. Mais le bébé Lil ne s’est pas arrêté de grandir, et a connu une poussée de croissance impressionnante lors du dernier trimestre 2018. Il a dévoilé l’excellente mixtape Drip Too Hard en collaboration avec son alter ego Gunna, puis sans sommation, a enchaîné avec Street Gossip.

Dès « Global », premier titre de la tape, le rookie dépeint la fulgurance de son ascension. C‘est son plus gros tour de force, la rapidité avec laquelle il a rejoint l’élite d’une Atlanta pourtant surpeuplée de talents. Une prouesse qui repose sur deux piliers, productivité et polyvalence.

Visiblement, le jeune MC a les crocs acérés et un bon estomac. Mais au-delà du fait qu’il soit aussi productif qu’une usine Ikea, le garçon sait aussi varier l’offre. C’est à croire que Baby est véritablement la progéniture de sa ville, un hybride qui maîtrise toutes les techniques de ses aînés. À l’aise sur ses multiples facettes, il n’a aucune peine à onduler entre des phases de kickage sec et des parties chantonnées. Un combo poussé à son paroxysme dans la collab « Section 8 » aux côtés de son pote Young Thug, pape de la discipline. Un aspect presque schizophrénique qui enterre toutes traces de monotonie son après son, malgré des instrus plutôt basiques. Dominique Jones possède la bonne recette, mais aussi une très belle voix. Un organe qui permet de s’aventurer aux confins de la trap comme il le fait dans le titre « Chastised », où son chant est sublimé par un sample de guitare acoustique. Le diagnostic est sans appel, le petit est surdoué.

Le Baby Boom

Outre-Atlantique, on apprécie l’authenticité du jeune MC qui n’a pas besoin d’artifices pour briller. Baby n’a pas une dégaine de caméléon, ne pose pas sur des prods sorties de Stranger Things et n’encourage pas la prise de médicaments sans prescription. Attention, on ne parle pas d’un moine pour autant. Lil Baby est comme la plupart de ses pairs d’Atlanta, un drippeur dans l’âme. Néanmoins, si on oublie le prix mirobolant de la plupart de ses sapes, il réussit la prouesse de rester sobre dans l’extravagance. Même s’il est vrai que sobriété et rap américain sonnent comme un oxymore.

Quand la vague des SoundCloud rappers a explosé aux États-Unis, lui était en prison. Loin de ce délire d’egotrip caricaturé, le poupon d’Atlanta préfère revenir aux fondamentaux en abordant la réalité pesante de la rue et le dur chemin qui mène de la misère au succès. On retrouve cette ambiance crue à travers plusieurs morceaux comme « Word On The Street » ou « Dreams 2 Reality ». Son rap c’est de la « Pure Cocaïne » : pas coupé, amer et ça défonce. Une ligne de conduite qui lui a permis d’être validé par les grands cardinaux de sa ville. Inévitablement influencé par les générations précédentes, Street Gossip réunit la fine-fleur d’Atlanta. Young Thug, 2 Chainz, Gucci Mane… Même le grand chaman Metro Boomin apporte sa pierre à l’édifice en signant la prod planante de « Ready ». Le tout donne bien évidemment une flopée de feats déments, à l’image de « Realist In It » en compagnie d’Offset et de Guwop.

En un peu moins de deux ans, Lil baby s’est affirmé comme une machine surproductive et polyvalente. Avec Street Gossip, il a définitivement marqué 2018 de son empreinte. On sent un artiste avec la tête sur les épaules et qui ne veut pas perdre son temps avec des futilités. Son projet est propre et varié, entre sons aériens et gros bangers. Doté d’un talent indéniable, d’une palette technique aussi large qu’efficace et d’un entourage glorieux, on ne voit pas comment le petit surdoué pourrait s’arrêter en si bon chemin. Érigé prioritaire par le label Quality Control, son deuxième album solo devrait voir le jour en 2019. Adoubé par ses aînés, il sera quasi certainement présent sur la liste XXL Freshman, mais s’il continue à ce rythme, il n’aura bientôt plus rien d’un apprenti.

 

Texte : Martin Muller

Crédit : DR ©

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