Habitué des collaborations, Jok’Air fait à nouveau parler sa productivité redoutable moins d’un an après son premier album solo. Jok’Travolta, sorti le 29 mars dernier, lui permet d’explorer les moindres recoins de sa créativité et d’incarner avec sincérité les histoires passionnelles qu’il dépeint.

 

Après l’invincible Rambo, Jok’Air s’empare du flegme légendaire de Travolta pour en faire la figure de son nouvel album. Le côté guerrier n’est plus aussi mis en avant, même si les douilles pleuvent toujours chez Vincent Vega. Cet opus pousse les portes, déjà grandes ouvertes, du côté romantique et charmeur du Big Daddy. On assiste au film de la vie d’un homme, baladé entre les ambiances sensuelles des histoires d’un soir, la froideur de la trahison et la mélancolie du passé.

L’amour sous toutes ses coutures

On ne pourra pas passer à côté, l’amour et les femmes sont des thèmes récurrents chez Jok’Air. Quatre chanteuses sont d’ailleurs invitées sur cet opus et représentent la gent féminine qu’il vénère tant. Un choix assez inédit pour être relevé dans un rap jeu encore trop patriarcal, mais qui paye par la douceur et la variété qu’il apporte.

Professionnel des relations en one shot, les premières paroles de l’introduction l’annoncent en même temps que la trame du disque et nous incluent dans le quotidien de l’artiste. Jok’Air n’est pourtant plus le jeune des quartiers difficiles qui enchaîne les conquêtes comme Napoléon. Il a évolué. Mélancolique romantique dans l’âme, frappé d’un soupçon de street, il se livre dans Jok’Travolta et n’évoque plus seulement les histoires d’une nuit. Son storytelling saisit toujours ces relations charnelles et langoureuses dans des ambiances tamisées, mais y insuffle à présent toute son expérience d’homme.

Le dialogue avec la voix suave de Mallaury dans « Bonbon à la menthe » développe un personnage mature. Un titre dont la structure est semblable à « Indépendante » sur le premier EP du rappeur. La chanteuse et Jok’Pololo se renvoient les mêmes arguments par couplets interposés.

Autre aspect qui lui tient à cœur : le public. Dans « Pour mes supporters », Jok’Air écrit une lettre à ses fans pour les remercier de leur soutien et entamer le projet. L’enfant du 13ème alterne entre couplet rappé et refrain fredonné, comme pour mettre en valeur ce qu’il continuera de leur offrir, tout en exprimant sa gratitude pour le chemin parcouru depuis l’époque de la MZ.

Un chemin non sans encombre, comme il le rappelle sur « Du sang et des cendres ». La fusion entre sa voix chargée d’émotions et l’association piano/violon donne naissance à l’un des titres les plus poignants de Jok’Travolta. « Pourtant Dieu seul savait comme je les aimais », hurle-t-il. Big Daddy Jok y met à nu ses blessures et enterre certainement les différends qu’il a pu avoir avec son ancienne mafia. Aujourd’hui jeune père, ses récentes responsabilités semblent lui avoir ouvert un troisième œil. La balade avec sa nièce intitulée « Papa » l’illustre parfaitement. Il y constate les erreurs de son père afin de ne pas les reproduire, signe d’une certaine sagesse ressentie tout au long de cette nouvelle œuvre.

La versatilité d’un caméléon

Jok’Air n’est pas qu’un loveur au cœur meurtri qui dissipe ses peines au travers d’un art qui l’apaise. Sa palette artistique est aussi vaste et variée que celle d’une maquilleuse. Ces influences dispersées entre l’Afrique et l’Amérique, à la croisée du rock, de la pop et du rap se chevauchent harmonieusement sur les 18 titres de l’album. Les amateurs de trap ainsi que les friands de vibes teintées à l’eau de rose sont servis.

Big Daddy Jok peut devenir très virulent quand il le faut, comme avec R.O.C & Chich sur « 4-5 ». Un banger agressif qui n’a pas encore fait son effet aux yeux du grand public, en raison d’un refrain certainement un peu long. Sa collaboration sur « Gangster & Gentleman » nous rappelle encore une fois ses qualités techniques. La prod digitale à la basse rebondissante semble davantage correspondre à Laylow, mais Jok’ a la faculté de s’adapter à celui avec qui il pose. De la même manière, il assimile sans aucun problème les ambiances sucrées d’Amérique latine que Sadek chérit tant. L’instru samplée sur MC Fioti, un artiste brésilien, donne « Ola Ola ». Un titre qui bénéficiera sans doute d’une replay value importante durant l’été.

Jok’Travolta est une œuvre complète. Ce second album solo traduit un réel épanouissement musical et humain de l’artiste. Ses multiples inspirations sont distillées dans chaque titre et donnent un ensemble cohérent. Autobiographique, voire thérapeutique sur certains points, Jok’Air se donne entièrement à son public sans faux semblant. La réalité qui émane de ses textes renforce l’authenticité d’un personnage qui a du vécu et ne ment pas.

 

Texte : Ugo Margolis

Crédit : Michael Tavernier

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