Auteur de débuts remarqués avec son EP Sang Froid l’année dernière, Venlo est passé à la vitesse supérieure en lâchant Love le 12 mai. Le rappeur de 23 ans nous a accueilli au sein son bastion liégeois, dans le calme et le charme du parc de la Boverie. Calé sur un banc, le jeune MC revient sur son succès grandissant avec toute la lucidité qui le caractérise.

 

Comment en es-tu venu à cette culture ? Tu écoutais beaucoup de rap à la base ?

Pas tellement, à vrai dire j’ai presque commencé à rapper avant d’écouter du rap. Au départ, c’était juste un délire avec des potes quand on sortait le soir. C’était la période des Rap Contenders et tout le monde voulait freestyler. Je me suis lancé et j’ai bien kiffé. Depuis, je n’ai pas arrêté.

Quel a été l’élément déclencheur pour que ça devienne sérieux ?

Pour être honnête, ça n’a jamais vraiment été sérieux. C’est vite devenu une passion. J’ai commencé à écrire et kicker tous les jours, puis j’ai rencontré le Hesytap Squad de Absolem et Slyder. On est vite devenus potes, mais j’étais limite fan d’eux (rires). Ils m’ont vraiment aidé à m’améliorer et m’ont poussé à me lancer. J’ai pris mon temps, je voulais arriver avec un truc que j’aimais, qui avait un peu ma propre couleur. J’avais déjà fait des sons en solo auparavant, mais je ne les ai pas sortis car je ne les trouvais pas satisfaisants.

Tu t’es fait les dents sur Liège, puis avec Phasm et le Six O’Clock.

Chronologiquement, Hesytap a fait un projet avec Phasm qui s’appelle Pression et c’est de là qu’on est montés sur Bruxelles. C’est à ce moment qu’on a rencontré un peu tout le monde. Caba, Roméo… Après, il y a eu le Six O’. C’est parti d’un festival boom bap en Angleterre. On jouait à 18 heures et notre pote Bruno était un peu la mascotte. Il était tout le temps foncedé et il criait « Six O’Clock, Six O’Clock ! » pour que les gens viennent voir notre concert. Le collectif est né de cette façon.

En quoi évoluer à 13, avec des styles tous différents t’a-t-il aidé dans ta construction artistique ?

Le simple fait de se sentir soutenu, déjà. Je pense que c’est important d’être dans un truc ou il se passe une émulation. Il y a aussi les expériences vécues, notamment des concerts assez oufs qui nous ont donné de l’énergie. Ça m’a permis de m’affirmer. Réussir à trouver ce que tu veux faire est une question de confiance en soi. C’est la force du Six O’, ce n’est pas un groupe mais un collectif qui sert les individualités.

Par la suite, tu fais la rencontre de Dee Eye. Comment en êtes-vous arrivé à collaborer ?

Pour situer, Dee Eye était le colloc’ de Phasm et on se croisait de temps en temps. Abso a senti l’enroule le premier. Il a fait quelques sessions studio avec lui et je le voyais revenir avec des prods de malade. Du coup, je suis allé le capter et c’était un de ces moments dans la vie où tu as l’impression que c’est facile… Nos premières journées de stud ensemble ont été productives. Nous avons fait trois sons : « Hiroshima », « Reflet » et « Monuments », qui sont présents dans mon premier EP. Je n’avais jamais fait de morceau que je trouvais vraiment bon. On ne s’est plus lâché et c’est lui qui a produit entièrement mon deuxième projet Love.

Comment ça se passe dans « le four » ?

Ça dépend vraiment des jours. Certaines fois, j’ai déjà des paroles et une idée bien précise de là où je veux les amener. Parfois, on ne sait pas ce qu’on va faire et on improvise. Love est une collaboration totale. Ce n’est pas un simple échange de services. On essaye de progresser ensemble, sans aucun tabou sur la création. C’est essentiel d’être entouré de personnes qui te font te remettre en question avec des critiques constructives.

Votre alchimie a évolué pour arriver à la conception de ce projet.

Complètement. Sang Froid était plus spontané. On l’a fait en une prise chez Phasm et d’une certaine façon, ça a été un peu un coup de chance. Depuis, Dee s’est construit un studio et on enregistre ensemble. On sent forcément une différence dans la manière de travailler. Nous avons été bien plus productifs et on s’est même permis d’être plus exigeants, au point de jeter des morceaux. Pour résumer, on essaye de se développer de façon plus professionnelle.

De quoi t’inspires-tu pour écrire ?

De mon vécu, même si je ne suis pas le style de rappeur qui parle de son quotidien. Je suis fort timide de base, ma pudeur fait que je n’aime pas trop m’afficher. Ce qui m’intéresse, c’est de faire transparaître ce que je ressens en musique. Mon son est un exutoire rempli d’introspection. Se dévoiler vient aussi en gagnant de l’assurance. Je ne pense pas que j’aurais osé aborder des thèmes aussi personnels sur Sang Froid, mais ça m’a fait du bien de m’aventurer sur ce terrain.

Tu es assez vite passé des freestyles dans ta chambre à ceux de Planète Rap.

On dirait bien. Honnêtement, je stressais pas mal. Je me demandais comment ça allait se dérouler. En vrai, on connaît tous des vidéos de rappeurs qui partent en couille sur Skyrock, qui foirent sévère… Mais sur le moment c’est passé crème, j’ai kiffé l’expérience et je suis très content que Roméo m’ait invité. Ça donne grave de la force de voir des gars comme lui, Caba ou JeanJass faire croquer les plus petits.

Pour répondre à ta phase dans « MMTMPS » avec JJ, tu as pris le wagon ou tu l’as construit toi-même ?

Si on veut être tout à fait objectif, il faut dire que je fais du rap dans une bonne période et à un bon endroit. Après, ça pourrait encore être mieux. Quand tu es à Paris, par exemple, tout se passe plus facilement. C’est le must en termes de rap français. Ma punchline donne l’impression qu’il faut décider entre l’un ou l’autre, mais dans mon cas je dirais que c’est un peu des deux. Si je n’avais pas d’abord construit mon bail, je n’aurais pas pu monter dans le wagon où je me trouve actuellement.

Comment t’es-tu retrouvé en tête de gondole d’un Grünt ?

Leur équipe m’a contacté sur les réseaux. Ils tournaient une nouvelle saison. J’ai totalement flashé, je suis fan de ce truc ! J’ai vu tous les épisodes. J’ai réalisé un rêve. Ça se passe chez Rare, à Bruxelles où mon manager Hicham bosse. On est en famille, c’est important de se donner de la force. Si je peux apporter un peu d’exposition au magasin, ça défonce. D’ailleurs, les sapes que je porte aujourd’hui viennent du shop (sourire).

Tu n’as pas galéré pour repasser en ambiance boom bap ?

Non, tranquille. Notre domaine de base reste le freestyle, je ne peux pas me permettre de ne pas rapper dans les temps. Absolem a lui aussi kické des millions de fois sur ce type de prods, donc j’étais à l’aise. Je savais qu’il allait me défoncer parce que c’est l’un des meilleurs sur ce genre d’instrus, mais je suis quand même satisfait de ma prestation.

Votre impro fait presque penser à « Outro Final Flash » dans l’EP En Sous-Marin de Nekfeu et Alpha Wann.

On écoutait blindé ce projet quand nous étions jeunes, en particulier ce son ! J’avais trouvé fort le fait de mettre une impro sur une tape. Alpha est l’un des meilleurs. C’est un peu grâce à eux et plus globalement aux RC et à Grünt que nous avons commencé à rapper. On est un peu rouillés en ce moment, si nous avions fait ça quatre ou cinq ans auparavant, je suis sûr qu’on aurait été encore plus forts.

Abso et toi n’avez jamais pensé à faire un projet commun ?

On a beaucoup de sons ensemble, mais on attend de faire un truc propre. Il y en aura d’office un à un moment. Je ne peux pas rapper sans partager quelque chose avec Abso. Pour l’instant, nous essayons un peu de trouver notre chemin chacun de notre côté. Quand on sera tous les deux au niveau maximum, la fusion s’effectuera (rires) !

Tu as convié tes potes de Liège, tes gars du Six O’… Ça fait plaisir de faire croquer ?

De ouf ! C’est un plaisir de pouvoir donner un coup de main. On a déjà fait ce genre de freestyle un nombre incalculable de fois sur des places ou dans des apparts, mais sans caméra à l’appui. Immortaliser le moment était cool.

On ne t’a pas vu suivre quand ça kickait en flamand…

En vérité je l’apprends à l’école, mais c’est trop chaud quand ils rappent. C’est une langue impossible putain (rires). J’ai des examens en flamand, une vraie galère.

Tu arrives encore à concilier les études et le rap ?

Ça devient de plus en plus rude. Quand ta passion commence à être sérieuse, c’est sûr que c’est un peu démotivant de faire une autre activité un peu par obligation. Je ne suis pas encore à un stade où je peux me dire que ça va marcher pour moi pendant plusieurs années. Il faut être lucide, ce n’est pas parce que je fais quelques concerts et que des gens kiffent le délire que c’est acquis. J’aimerais finir mes études, même si je perce dans le rap. Ce n’est pas encore vraiment concret à mes yeux, mais je fais tout pour y parvenir.

Pour te citer une dernière fois… Si le succès te téléphone, tu lui réponds ?

D’office (rires) ! Cette phase est à prendre dans un certain sens. Peu de personnes osent avouer qu’elles décrocheraient leur phone. Quand tu as un rêve et qu’il y a un moyen d’y accéder, il faut foncer.

 

Texte : Martin Muller

Crédit : Laura Brunisholz

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