Posés en face des étangs d’Ixelles sous un soleil matinal déjà brûlant, les gars du 77 allument tranquillement leurs pers’. Les bawlers bruxellois bourrés de skillz viennent de sortir leur troisième album intitulé ULTIM. À l’occasion de cette release, Peet (MC), Morgan (beatmaker) et Rayan (manager) nous ont accordé un peu de leur temps pour répondre à nos questions.

 

Pouvez-vous nous représenter le 77 et tout le délire bawlers ?

Peet : Le 77, c’est le numéro de la maison dans laquelle Morgan, Félix (aka Félé Flingue, l’autre rappeur du groupe), Rayan et moi on a vécu en colocation pendant trois ans. Aujourd’hui, chacun a pris son envol. Morgan et Rayan habitent ensemble, Félix est toujours au 77 et moi je vis de mon côté.

Morgan : Et un bawler, c’est une personne qui va au bout de ses idées, qui n’a pas peur du ridicule et qui kiffe ses bails. Il s’assume pleinement, peu importe ce qu’il est ou comment il est perçu.

Le single « Lunetz » est un hommage au Roi Heenok ?

P : Non (rires)… Mais quand j’ai tapé « Lunetz » sur YouTube pour voir l’évolution de notre clip, j’ai capté la vidéo du Roi Heenok dans le magasin de lunettes. Ça m’a fait planer. En tout cas, le Roi est un grand bawler.

D’où vient votre obsession pour ces lunettes toujours plus folles ?

M : Il s’agit d’un accessoire qui représente le bawler. Quand tu mets des lunettes sportives un peu ridicules, ça ne te rend jamais très stylé. Tu as un peu l’air d’un con. Pourtant, il y a plein de mecs qui l’assument totalement. On a placé cet accessoire hyper marrant au centre de notre délire.

Le clip fait penser à « Intergalactic » des Beastie Boys. Ce sont des gars qui vous inspirent ?

P : Seulement dans l’image. Musicalement, c’est pas du tout mon truc. Pour ce qui est de l’image du 77 et de l’admiration que nous avons pour les lunettes, on a tous une part de responsabilité. C’est quand même surtout Félix qui pousse les délires. Il a fait de l’impro quand il était plus jeune et il est fortement influencé par le cinéma. Il aime tout ce qui est esthétiquement recherché. Avant de faire du son avec lui, je ne prêtais pas vraiment attention à l’aspect visuel. Finalement, je suis un peu rentré dans son univers. Flingue n’aime pas que les clips soient juste des plans de nous qui rappons dans la street, alors que personnellement ça ne me dérange pas du tout. Le mélange de ces styles donne des résultats originaux.

Quels sont les films qui vous ont influencé ?

P : New Kids Turbo !

M : Ouais, New Kids Turbo. Au niveau des styles de bawlers, c’est la référence. Il s’agit d’un film hollandais dans lequel des mecs ne veulent plus rien payer. Ils ne souhaitent plus raquer pour des factures et des conneries comme ça. Ils ont des voitures tunées, des fringues incroyables, des coupes mulets et ils écoutent du gros son… Méga bawlers ! Ils n’en ont rien à foutre, ils ont un style de merde. Ils n’aiment que leurs potes et leur petite vie de quartier.

Pour vous, qui est l’ultime bawler ?

P : Jean-Claude Van Damme et Ali G sont de sérieux prétendants. Tous les gens qui font de la course à pied, mais en marchant et les types qui font du curling aussi (rires).

Il n’y a qu’un seul feat sur ULTIM. Rester en famille était un souhait de votre part ?

P : Ce n’est pas forcément notre volonté, mais on marche beaucoup au feeling. Quand on a fait l’album, on ne s’est pas posé la question. C’était juste logique à nos yeux. Il y a un feat avec Blu Samu comme il y aurait pu en avoir un avec Zwangere Guy. En général, on reste avec des personnes avec qui on partage plus qu’une session studio. On sort ensemble, on va boire des bières. Ce sont nos potes. Après, on ne va jamais dire non à mec qui fait du bon son.

M : Par contre, je ne dirais pas qu’il y a une volonté de rester en famille dans le sens où on n’est absolument pas fermés d’esprit. La musique est faite pour être vraie. Il faut être là, partager des moments, kiffer. Ce n’est pas un truc que tu envoies via WeTransfer en mode nique sa mère. Les gens le sentiront. Si ce n’est pas le cas, je le sentirais quand même et ça me dérangera. C’est un truc qui doit se faire avec un minimum de partage.

Ça se passe comment une session studio au 77 ?

P : Tout dépend. Parfois, je rentre du travail vers minuit et j’ai envie de faire une prod. Si je la sens bien, je tape un refrain dessus. Ensuite, Félix se réveille et lâche un couplet. Ça me remotive, je me remets à gratter et ainsi de suite. Il y a des morceaux qui se font en un jour ou presque de cette façon. Il y en a d’autres qui se font en trois mois. Nous sommes aussi partis en résidence chez Élie, un pote à nous, qui a habité au 77 pendant un moment et qui a réalisé les photos de la cover de l’album. On était dans une maison à la campagne à 100 kilomètres de Paris avec tout notre matériel. Nous nous sommes ressourcés tout en continuant d’écrire près de la nature.

C’est la première fois que vous travaillez en résidence ?

P : Non. On avait fait ça pour l’album Bawlers. Cette fois, ça se passait chez mon père qui habite en périphérie de Bruxelles. Nous y sommes restés quelques jours pour finaliser le projet. Quand on part en résidence, il ne reste pas énormément de travail. Ce sont surtout des questions d’arrangements, comme des mesures à rajouter sur certaines pistes.

En parlant d’arrangements, comment vous êtes-vous organisés pour les prods ?

M : Comme pour le studio, ça varie. Parfois Pierre fait une instru tout seul, parfois c’est moi. Ça arrive souvent qu’on travaille à deux. Sinon, il fait les trois quarts d’un son et je rajoute un clavier et une ligne de basse derrière ou inversement. Encore une fois, c’est une question de mood. On peut avoir envie de bosser ensemble, comme on peut préférer taffer en solo. Sur ULTIM, on a aussi travaillé avec Phasm et Daiko. Gros shoutout à eux.

Vos lives sont de vraies performances. La scène influence-t-elle votre écriture ?

P : De plus en plus, mais je pense qu’il faut éviter au maximum parce que ça te limite dans ta création. C’est clair que quand tu multiplies les concerts, tu sais quel morceau va marcher en live. Par exemple, en studio, ça m’arrive de faire des titres super calmes. Je me dis qu’il faut que je pousse un peu plus ma voix pour ne pas faire chier les gens une fois que je serais sur scène. En réalité, il ne faut pas se focaliser sur ça. Il faut sortir l’émotion comme elle est, et s’adapter au live s’il le faut.

M : D’abord, tu fais ta version studio et tu essayes de ne pas te laisser influencer. Si tu te dis que tu veux seulement jouer en live, tu vas ne faire que des bangers. Pourtant, tu peux mettre un type, une guitare et une lumière au milieu d’un truc gigantesque, s’il a des couilles quand il fait son show, tout le monde va kiffer. Tu n’as pas besoin de 808 qui tabassent pour que le public t’apprécie.

La fête, l’alcool et les autres substances sont très présents dans vos textes. C’est un truc dont vous avez besoin pour composer ?

P : Quand j’ai commencé à écrire, je fumais déjà de l’herbe. J’ai toujours écrit en fumant de l’herbe. Mais je peux tout à fait écrire sans fumer de l’herbe.

M : Moi aussi je fume des pétards tout le temps, mais je refuse de croire que je ne peux pas faire de musique si je n’ai pas fumé. Ce sont des conneries. Après, quand je fais du son je suis stone. Mais je suis stone tout le temps parce que je kiffe être stone, c’est tout.

P : Et puis, quand tu as bu quelques verres tu te lâches beaucoup plus. Ça m’arrivait pendant un moment. Je rentrais du travail, j’avais déjà bu des bières. J’allais au stud et je finissais tout bourré. Je m’endormais limite sur le clavier. Quand je me réveillais le matin j’avais créé un son que je kiffais à fond. Je n’ai quand même pas envie de croire que c’est un besoin primordial.

C’est qui ce Jean-Philippe dans l’intro ?

M : C’est le père de notre pote Élie.

Rayan : Quand on a été faire cette résidence, il était tous les jours à fumer des pétards et à ksar avec nous. Il a vraiment fait partie de cette communion. Il nous a marqués et c’était normal pour nous de l’intégrer à l’album.

Dans chacun de vos projets, il y a toujours une intro qui vous présente.

P : Nous sommes attachés au fait d’avoir une intro, une outro et des interludes. Personnellement, mes projets préférés sont souvent construits de cette façon. Il y a un vrai délire. On n’envoie pas juste des morceaux et ciao.

Pourquoi n’y a-t-il pas d’interlude sur ULTIM ?

P : Merde, on n’en a pas mis !

R : Il y a une outro de luxe à la place.

M : C’est vrai ça putain. On n’en a même pas créé, ça m’étonne.

P : Ça va être le spot publicitaire qu’on a réalisé (rires).

Quelle est la ride typique du 77 à Bruxelles ?

P : En ce moment, nous sommes un peu moins dedans. Si on devait l’être, on se prendrait des bouteilles et on irait chiller dans la rue en refaisant la ville entre potes.

Plutôt Perla ou Cara Pils ?

P : Si on doit parler au nom du 77, je dirais Perla. C’est la bière qui nous représente le plus. On en buvait énormément quand on habitait au 77. Dans notre quartier, il y avait une épicerie tenue par des Polonais qui en vendait. Si je dois parler de mon expérience personnelle, je suis plus Cara. Morgan et moi avons du boire nos premières canettes ensemble (sourire).

M : 50 centimes chez le Paki, 25 dans un Kolruyt…

R : À l’épicerie, tu prends quatre Cara pour le prix d’une Maes. Tout est dit.

ULTIM est marqué par cette volonté de changer d’air, comme si vous aviez un peu fait le tour de Bruxelles.

P : C’est clair que je ne veux pas finir ma vie à Bruxelles. Après, on dit ça mais on ne sait jamais comment c’est d’être très longtemps à l’étranger. J’étais parti six mois en Amérique du Sud après mon secondaire. À un moment j’ai voulu rentrer parce que j’avais beaucoup de choses qui me rattachaient à BX. Si on part un jour, on ramène tous nos potes avec nous.

M : On a un projet tous ensemble. On veut tout baiser dans le son et partir dans un pays où il fait beau. J’aurais mon petit potager et deux ou trois animaux. Personne ne me cassera les couilles. Nous vivrons en communauté dans une ferme pour être un minimum autonome et rester près de la nature. On continuera à faire du son. L’objectif est de vivre avec les gens que nous aimons, de se mettre bien à l’écart de ce monde de fils de putes qui courent toute la journée pour 1200 euros par mois.

Dans le morceau « Ann », vous rappez que la musique est clairement votre plan de carrière. Vous en vivez ?

P : Morgan et moi on travaille dans une pizzeria à Sainte Catherine. Heureusement, l’endroit est vraiment bien et l’ambiance au top, mais on rêve tous de pouvoir vivre de notre son. Quand on ne travaille pas pour le restaurant, on fait de la musique ou alors on est en tournée. C’est hyper cool, mais il y a des moments où tu as juste envie de souffler. Si on charbonne comme ça à côté, c’est parce qu’on y croit. On ne se plaint pas du tout, mais il faut savoir que ça prend plusieurs années avant d’être à l’aise financièrement.

M : Même si j’aime mon travail et que je suis entouré de personnes avec qui je me marre bien, j’ai envie de me lever le matin et d’avoir une seule responsabilité : aller dans mon putain de studio ou faire des concerts. J’ai un loyer à payer, je dois me nourrir, je n’ai pas les parents derrière. Il faut charbonner pour le moment. Je serais d’autant plus fier si j’arrive vraiment un jour à vivre de ma musique. Je ne parle pas d’être riche. Avec 800 balles par mois je suis déjà heureux. Je paye mon appart, je fais mes courses, je m’achète un peu de weed, je vis dans mon stud et je n’ai pas à aller faire ce qui ne me passionne pas.

Vos outros sont toujours plus originales. À quoi peut-on s’attendre pour la prochaine ? De la musique péruvienne ?

P : « Non, je déteste la musique péruvienne » (rires). Tout est possible ! Ceux qui ont écouté les trois albums le savent.

M : Nous pouvons tout faire. Ça peut être de la musique péruvienne comme du rock ou du contemporain. On va faire une enroule à la 77…

 

Texte : Arthur Duquesne

Crédit : Elie Carp

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