8Ruki, le globe-trapper

Une semaine avant la Cookie Fest, 8Ruki nous donne rendez-vous sur les quais d’Austerlitz. La golden hour se profile lentement et le soleil frappe les bouteilles de jus de fruits exotiques.  Les berges sont calmes, l’artiste met un peu de son sur son enceinte, idéal pour une entrevue sans pression. On revient sur la sortie de Steam deux mois plus tôt, son parcours et ses influences, entre deux allers-retours au Canada.




Tu écoutes non-stop de la musique, ça a toujours été le cas ?

Quand j’étais petit, ma mère me faisait découvrir plein de styles musicaux différents, particulièrement du boom bap et du RnB. Plus tard, au collège, je diggais par moi-même. Je ponçais du G-Unit comme du Beyoncé ou du TLC. Je me tuais à Rohff, Booba, Bones Thug Harmony et même Ice Cube. Voilà mes classiques. Le rap me matrixe depuis toujours. Quand j’étais gosse, je me souviens de faire des interviews imaginaires face à mon miroir comme un rappeur (sourire).

Qu’est-ce qui t’a amené à te lancer ?

J’ai commencé le rap avec des potes pour rigoler, il y a trois ans environ. Ils trouvaient que j’avais quelque chose à faire dans la musique et m’ont convaincu de me bouger. Je m’y suis mis sérieusement il y a deux ans, quand j’ai compris qu’il y avait moyen d’y arriver.

Tu t’es forgé un style atypique assez rapidement.

Ma musique est expérimentale. Je ne pourrais pas vraiment décrire ce que je faisais avant, mais je trappais déjà en mode Chicago. Par contre le chant est arrivé sur le tard, je n’osais pas m’aventurer sur ce terrain. Les refrains mélodiques comme celui de « Forza » marquent une étape importante pour moi. Ils m’ont ouvert plein de nouvelles portes créatives dans mon univers.

Qu’est-ce que ces nouveaux flows chantés imposent à ton style d’écriture ?

Ils sont directement liés à mes textes. Les deux viennent lors de mes premiers moments d’inspirations. Je ne suis pas du genre à revenir sur ce que j’écris, je préfère garder l’authenticité d’un instant. Je peux être dans les transports ou à table et avoir des idées que je vais noter directement, parfois même sans instrus. Par contre, si je ne trouve rien d’intéressant à dire ou à transmettre je m’arrête. Moins de cerveau, plus de cœur.

Comment tu fais pour te diversifier dans ta musique tout en gardant une patte qui t’est propre ?

Tout ce procédé est naturel. Chaque son va avoir une dimension différente grâce aux beatmakers. Ils arrivent à m’emmener avec eux dans un univers que je m’approprie. Par exemple, une prod de Freakey sera très chargée donc il ne faut pas avoir énormément de lyrics au risque de faire un son bordélique. C’est un des gars qui m’inspire le plus. Avec lui ça coule tout seul, je ne force jamais. Ses beats me donnent envie de faire des phrases courtes et chantées, je ne le recherche pas, je le sens.

Tu as suivi la même méthode pour ton dernier projet ?

J’ai voulu donner une identité à Steam. Il s’est fait sur six mois sans que je l’aie en tête. Il reflète une période de ma vie. J’ai record « Forza » et « Max Steel » sans même avoir la tape en tête. Ces morceaux m’ont convaincu de pousser encore la voix en mode RnB. Je me suis fourni en instrus chez plein de beatmakers différents, j’ai essayé des choses et j’en ai jeté beaucoup d’autres.

On te voit souvent en featuring sur les mixtapes d’autres rappeurs, pourquoi n’as-tu invité personne sur Steam ?

C’est mon premier vrai pas en solo, ça m’a permis de montrer de quoi j’étais capable. Je considère que ce projet est le vrai premier de ma carrière. Être seul dessus me permet de développer ma musicalité. Je voulais poser les bases de mon propre univers. J’en suis très fier comme ça, si j’avais pu le foutre en physique, je l’aurais fait.

Tes morceaux dépassent rarement les trois minutes, c’est une volonté ?

Je veux qu’on puisse replay rapidement. Personnellement, les sons trop longs me saoulent vite. Je pense qu’il faut m’écouter plusieurs fois pour se faire un avis, car ce que je fais ne correspond pas vraiment à une mode. J’appartiens à un nouveau courant de rap qui n’est pas mainstream. Je considère qu’on a deux ou trois ans de retard en France, le public n’est pas préparé à recevoir notre vibe. Ils consommeront ce qu’on fait aujourd’hui dans quelques années seulement.

Tu penses que ta musique pourrait avoir un autre impact outre-Atlantique ?

Je crois que les ricains n’iront jamais digger des morceaux français d’eux-mêmes. Par contre, si on leur apporte, ils pourraient kiffer notre flow. Réussir à faire aimer ma musique à des Américains serait l’apogée. Pour être écouté là-bas, il faut les bons contacts, comme partout. S’il y a une porte d’entrée vers le marché américain, ce sera par le Canada, ils sont très pluggés ensemble.

La vibe de Montréal a l’air de pas mal te correspondre.

Carrément ! Ils laissent de la place à la musicalité et à l’originalité. Je me sens compris dans mon délire là-bas. Ils ont une ouverture d’esprit que nous n’avons pas encore en France. Ce n’est pas nouveau, les bails innovants mettent du temps à être acceptés. Le même schéma se répète depuis des années, c’est une question de cycle.

Comment s’est déroulée la rencontre avec le rap jeu montréalais ?

Avant de partir à Montréal, j’ai mis une story pour prendre un peu la température. Raaash, le producteur, m’a répondu et a voulu me présenter ses gars. Sur place, j’ai rencontré Rowjay qui m’a pluggé avec Freakey et Jeune Loup entre autres. On entretient bien ces relations, j’y suis retourné trois fois depuis.

Qu’est-ce que t’apportent ces connexions ? 

Le Canada est une inspiration énorme pour ma musique. Ils sont proches des States, ils voient les choses venir avant nous. Je m’imprègne de leur créativité en faisant du son avec plein de rappeurs locaux. Je passe un cap à chaque fois que je vais à MTL. Mon entourage le ressent aussi, c’est plus fort que le rap.

Il y a d’autres endroits qui te boostent ? 

Voyager me procure cet effet en général. J’ai réalisé ma première mixtape, En Balle, un peu partout en France. J’allais seul à Lyon capter les autres rappeurs de SoundCloud. J’étais un des premiers à link up avec tout ce petit monde. C’est un moteur pour moi et ma créativité.

On ressent une envie affirmée de ta part de t’ouvrir aux autres.

Je ne suis pas connecté avec tout le monde. Je suis proche des gars de Marseille, de Lyon, avec Francis Trash et Rive Magenta aussi. Ils m’ont permis de devenir ce que je suis aujourd’hui. Ils sont mon inspiration principale, je les vois créer des choses, ça me pousse à innover. DIL, par exemple, c’est un acharné de travail. Il ne s’arrête que pour dormir. Avoir un mec si motivé dans mon entourage m’apprend énormément, dans la musique, mais aussi dans la vie en général. Leur détermination me tire vers le haut, il n’y a pas de loosers autour de moi.

Tu roules avant tout avec ta propre équipe.

Exact, avec mes gars de la 8scuela. On est un collectif de potes composé d’un beatmaker, un mannequin, un DJ, un mec en prothèse dentaire qui se spécialise dans les grillz et moi. On se présente ensemble, mais chacun fait son chemin de son côté. Comme une pieuvre qui s’infiltre dans plein de domaines différents.

Ça te permet de côtoyer d’autres milieux, la mode par exemple.

J’aime être affilié à cette image de rappeur à propos des sapes, proche des marques et des nouveaux créateurs. Selon moi, un artiste ne peut pas se présenter devant des gens et être dégueulasse (rires). Je pense que c’est primordial d’avoir une imagerie irréprochable. Maintenant, je me focus sur les clips depuis que j’ai rencontré Stanko, le réal de « Roule un Shit » et « Benz ». En plus d’être sur la même longueur d’onde que moi, il est super talentueux. Il arrive à mettre en forme ce que j’ai en tête.

Tu penses que c’est important de se démarquer par son apparence ? 

Il faut assumer ce qu’on est c’est tout. Je suis allé au bout de ce que je suis avec le facetat par exemple. Il y a des gens qui me mettront direct dans une case à cause de ça et qui ne viendront jamais me parler. De toute façon, je n’aime pas les gens fermés d’esprit, donc ça m’éloigne d’eux et c’est très bien. C’est intriguant pour d’autres, certains ont peut-être déjà cliqué juste parce que j’avais un facetat. Moi je m’en tape tant qu’ils écoutent (sourire).

Sur le morceau « Dans le Noir » tu parles de construire ton avenir, tu le vois comment ?

Mon objectif à court terme serait de faire plein de scènes partout pour que ma musique tourne. Je vais continuer à créer ce que j’aime, il n’y a pas de raisons que ça foire. Tout ce que je désire dans la musique se concrétise. Je pense que lorsqu’on veut réellement quelque chose, inconsciemment, on emprunte les chemins qu’il faut.

Tu pars bientôt en Guadeloupe, tu comptes recharger les batteries avant la suite ?  

Je n’y suis allé que deux fois ces dix dernières années, mais je m’y vide l’esprit. J’y vais pour me couper de la musique, et profiter de la nature, de la plage et de ma famille. J’en ai besoin avant la rentrée où je vais envoyer du son et d’autres projets liés à Montréal justement.


Texte : Ugo Margolis

Crédit : Ivry Zoo

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