Résidence : Danshi Zen

Pour chaque nouveau mag, on laisse à une marque qu’on affectionne le temps de présenter son univers dans un petit dossier. Cette fois, on a décidé d’aller capter les gars de Danshi Zen, dignes héritiers d’un courant né dans les nineties à Houston sur des pochettes d’albums : le Pen & Pixel. Un mélange de kitsch et de bling-bling que la bande de potes fait perdurer en y associant des artistes qui leur tiennent à coeur. La rencontre se passe au centre de Bruxelles, chez Rare, où la marque a pignon sur rue depuis l’ouverture du shop en mars dernier.




Avant de parler de Danshi Zen, est-ce que vous pourriez vous présenter rapidement ?

Tonton Chami : Je m’appelle Hicham et j’ai 23 ans. Je gère Rare, une boutique vintage à Bruxelles avec mon pote Fabien. On y vend des vêtements de seconde main. À côté de ça, j’aide Danshi Zen à se développer. J’ai également monté The New Faces avec UZU. On y manage et produit des talents comme Venlo, Absolem et Dee Eye. Et là je laisse la parole au créateur, au génie, à la légende…

Max Drebin : Putain, attends que je m’échauffe un peu (rires). Moi c’est Max, je fais du graphisme depuis trois ans. La majorité de mon taf est pour Danshi, mais je bosse aussi avec quelques artistes à téco.

Herce Luxe : Et moi c’est Arnaud, mais on me surnomme Herce Luxe. Je suis la part marketing de l’équipe. Je m’occupe des réseaux sociaux, des shootings et de la coordination du groupe. Parce que certaines fois, c’est vraiment une galère pour se capter (sourire). Il y a aussi Exilbure dans la team, mais il n’a pas su se libérer aujourd’hui.

Vous vous êtes rencontrés comment ?

T : Le son nous a rapprochés. Enfin, le mouvement hip-hop de façon générale. Je me souviens du jour où j’ai capté Max pour la première fois. Il connaissait vraiment bien le rap français et cainri. Ça m’a étonné. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui était aussi intéressant et intéressé par les choses qui me plaisaient.

Tu lui avais déjà montré des visuels ou tu gardais ça pour toi au début ?

M : Je venais à peine de commencer. J’avais réalisé une pochette pour La Base. Ils étaient de passage à Bruxelles et Chami leur faisait visiter la ville. On s’est connectés comme ça et le feeling est super bien passé. C’est un sacré personnage.

H : Sinon, Max et moi on se connait depuis tout petit. On trainait déjà ensemble en primaire. J’ai capté Hicham par la suite quand il était promo boy, ce taré voulait me vendre des produits Oxfam (rires) ! Max m’avait dit que c’était un petit rebeu avec une casquette Gucci vissée sur le crâne, j’ai tout de suite capté de qui il parlait. Je kiffais son style et ses goûts.

T : Au-delà de la musique, le flow de chacun nous a permis de nous rapprocher en tant qu’amis. On était tous un peu dans notre monde, mais finalement dans le même, ce qui est plutôt cool.

base

Le concept de Danshi Zen était déjà établi à l’époque ?

M : Le nom remonte à très loin… On voulait créer notre groupe de musique, mais on était rincés (rires) ! Un jour, j’étais dans ma chambre et je venais de faire une compil de sons d’Alpha Wann que j’allais poster sur YouTube. J’avais créé un petit visuel pour l’occasion, mais un pote m’a dit que je n’avais pas vraiment le droit de faire ça. Du coup, je me suis fait un Instagram pour poster mes visus. Caballero et Sidi Sid ont partagé mes posts et ça a donné une nouvelle visibilité à mon travail. Je n’ai plus arrêté de charbonner depuis ce moment. Chami et Herce se sont greffés au bail par la suite.

H : Sinon, pour la petite anecdote, le blase Danshi Zen est inspiré du manga Danshi Koukousei no Nichijou. L’histoire raconte le quotidien de trois adolescents qui nous correspondent énormément. Pour le côté Zen, c’est plus compliqué. À mes yeux, ça reflète juste notre attitude, mais pour Max c’est encore un clin d’oeil à un autre personnage de manga.

Vous étiez tous à propos de Pen & Pixel ou c’est aussi un truc dans lequel Max vous a amené ?

T : Je n’étais pas du tout là-dedans. J’ai toujours trouvé ça moche et je lui ai toujours répété. Mais comme les artistes que je kiffais en portaient, j’ai fini par aimer en scred. Je comprenais sans trop comprendre non plus. Une fois que tu captes le mouvement, c’est réglé.

M : (…) J’ai toujours été fasciné par ce type de pochettes. Elles ont un truc qui a l’air mal fait, mais à la fois super compliqué. Quand je regarde une cover, j’ai envie de loucher dessus plusieurs minutes et de trouver ça joli à l’arrivée. Bien réalisé, le Pen & Pixel peut être vraiment incroyable.

Quelles sont tes pochettes cultes ?

M : 400 Degreez de Juvenile est sans doute l’une des plus chaudes. Sinon, j’aime beaucoup celle de Ghetty Green de Project Pat, King Of Da Playaz de Kingpin Skinny Pimp ou encore The Real One de The 2 Live Crew. J’ai des dossiers entiers de covers sur mon ordi. Je pourrais t’en citer plein d’autres.

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Ça t’arrive d’écouter des artistes juste parce que tu as tilté sur leur cover ?

M : À fond, et pas qu’en Pen & Pixel. Ça m’arrive souvent avec le pop-rock. Le travail de couleur sur les pochettes à l’ancienne est vraiment cool. J’ai fait le visu de Sang Froid pour Venlo, c’est beaucoup plus pop. Je n’ai pas envie de rester bloqué dans mon monde. Ce que j’aime, avant tout, c’est créer une harmonie et y rester fidèle. Je vois le Pen & Pixel un peu comme un nanar au cinéma. On crée un truc incroyable avec des visuels qui sont à l’origine assez basiques, et il y a ce côté kitsch qui est vraiment très plaisant une fois qu’on a compris le concept.

Comment choisissez-vous les artistes mis à l’honneur sur vos t-shirts ?

M : Ceux qui vendent le plus (rires).

T : Max décide de tout, c’est un dictateur…

M : On opère au feeling, en rassemblant nos diverses influences. En général, on contacte les artistes francophones pour leur demander leur autorisation avant de faire un tee. Les USA, un peu moins. Récemment, on a fait du merch pour Dipset grâce à Dbruze. On travaille avec depuis quasi un an et demi. Il nous a permis de réaliser tout le merch pour la tournée de Maxo Kream, que ce soit les vêtements, les posters ou même les pass vip. C’est une façon différente de fonctionner. Le processus de création est poussé au maximum.

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Ceux que vous aviez mis en avant  au début du projet l’avaient bien pris ?

M : Myth Syzer avait vraiment validé. Ensuite, on a fait Makala et Slimka. Ils comprennent que notre démarche est saine. On n’a pas trop de thunes, mais on est passionnés. En général, on nous donne le feu vert.

T : Ils ne savent pas trop qui est Danshi. Depuis pas très longtemps, on ressent une attente, comme si nos visuels faisaient partie d’une collection dont certains veulent être. Un peu comme des stickers.

Quel type de coupe préférez-vous pour votre textile ?

M : Au départ, je ne savais pas vraiment comment je voulais que ça taille. J’y suis allé à tâtons. J’ai acheté plein de tees unis jusqu’à tomber sur le bon modèle. J’aime les coupes américaines, que ça soit vraiment large et que les manches tombent aux coudes.

Vous avez songé à diversifier vos produits ?

M : Je veux faire du mobilier de maison. Dormir dans des draps avec des beepers partout (sourire). On a pensé à sortir des peignoirs, des flips flops et à mettre un peu plus l’accent sur les covers pour des artistes. Je veux que le projet se développe et qu’on ne soit pas catégorisé comme la marque qui ne fait que des t-shirts.

Cultiver le mystère autour de votre équipe est un choix ?

M : Je n’aime pas trop me montrer, ça me stresse d’être vu pour ce que je suis et pas pour le travail que je fais.

H : On ne veut pas se mettre en avant. Danshi Zen, c’est l’intimité. Cette part d’ombre nous représente bien. Même si en faisant une interview on donne des pistes, on le fait avant tout pour le projet.

Ce que vous avez construit uniquement depuis Internet est assez fou.

M : Clairement. Ça nous a poussés à voyager. Dire que tout ça part d’Instagram, que des gens achètent nos tees alors qu’on vit dans notre coin. On m’a tout le temps répété que je devais bouger sur Paris pour que Danshi Zen décolle. En fait, tu peux rester calé chez toi et tout se passera aussi bien si tu en as la volonté.

H : Aujourd’hui, on continue de gérer la plupart des choses à distance. C’est cool d’être distribués chez Rare, c’est la famille, et notre premier pas un peu hors de nos chambres.

T : De nos bureaux, de nos bureaux (sourire).

Vous venez d’organiser un pop up et vous partez dans quelques jours aux États-Unis. Qu’est-ce qui se trame pour Danshi Zen ?

M : Au sujet de notre petit event, on voulait juste présenter des nouveaux tees sans se prendre la tête. Là, on part justement chez Dbruze pour bosser des drops et essayer de placer d’autres collabs pour des artistes américains. C’est plus simple pour nous d’opérer directement sur place. Avec le décalage horaire, on est forcément moins efficaces. On y reste deux semaines en mode travail intensif, et bouffe ricaine on va pas se le cacher (sourire).


Texte : Nathan Barbabianca

Crédit : Danshi Zen

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