Exo$layer : « Je préfère y mettre du cœur que de l’ego »

Lorsqu’on lui demande de se présenter en deux mots, Exo$layer se décrit comme un mec lambda de Bordeaux. Un ancien skater, influencé par les édits de photos et de vidéos qui s’est petit à petit intéressé au son. Cette dernière passion commence d’ailleurs à prendre de plus en plus de place dans la vie du jeune artiste, qui travaille ses skills depuis les années lycée avec son ami et producteur Raiden. Managé depuis peu par z0ne, une structure qui œuvre dans sa ville, comme dernièrement avec la venue de Him$ à l’I.Boat, le tueur exotique est prêt à passer au niveau supérieur.

 

Juste avant qu’on ne commence, tu me parlais de Playboi Carti et UnoTheActivist. Ces artistes t’ont donné envie de te lancer dans la musique ?

On peut dire que oui, mais c’est plus compliqué. J’avais besoin d’extérioriser mes émotions. Je m’énervais un peu pour rien à l’école, le son m’a permis de me canaliser. J’étais en troisième lorsque j’ai débuté, ça fait déjà six ans… Le temps passe vite, merde (sourire). Je commence à avoir un peu de vécu dans le milieu, même si on ne m’aperçoit pas forcément en surface. J’ai acquis une sorte de super pouvoir, je suis lucide sur les personnes qui m’entourent et mon cercle s’est petit à petit consolidé.

Qui t’inspirait à cette époque ?

Je n’ai pas eu tant d’influences musicales que ça. Je suis passé par plusieurs styles, et c’est sans doute pour cette raison que j’aime me diversifier. De la Mafia K’1 Fry à Dalida, MC Solaar ou Rick Astley… Même si je suis né en 2000 et qu’on a moins d’influences à l’ancienne, je connais mes classiques. Michael Jackson m’a pas mal matrixé aussi, j’ai même pleuré à son enterrement. Sinon, j’aimais vraiment l’époque LMFAO (rires).

Ça ne m’étonne pas. J’ai pu discuter avec Thouxanbanfauni de ses influences et il a plus ou moins directement évoqué des gars comme Skrillex et compagnie.

« Bangarang », les remix, c’était grave mon délire. J’écoutais de l’électro underground, des bails de festivals qui émergeaient de scènes variées. Ça m’a forgé un certain style et donné envie de nuancer chaque nouveau son que je drop.

Comment vois-tu Bordeaux, la ville où tu as grandi ?

J’y ai fait de bonnes rencontres au moment où j’ai voulu me lancer. J’ai capté Mohan, il m’a poussé vers la musique. Je lui avais envoyé des maquettes, suite à ça, il a enregistré mon premier vrai son. Un track qui n’existe plus nulle part, et tant mieux (rires). Il m’a fait découvrir beaucoup d’artistes. Sinon, en prenant un peu de recul, Bordeaux reste assez cloîtré. Internet permet quand même de s’affranchir des barrières. L’an dernier, on avait créé Oog Lab avec Raiden pour que plusieurs rappeurs de notre ville soient représentés par une entité. Cette idée nous trottait dans la tête depuis quelques années, on ne voulait pas forcément créer un groupe. Au final, ça n’a pas vraiment pris. Chacun avait son rythme de taf, ce qui empêchait de faire bouger les choses.

Toi et Raiden, vous vous êtes rencontrés au lycée si je ne dis pas de bêtise ?

On a commencé la musique ensemble. J’écrivais déjà vite fais des textes, assez bidons pour avouer, et lui ne faisait pas du tout de son. On a commencé à traîner ensemble en seconde, il voulait se lancer dans le beatmaking. Il a écouté mes démos et s’est tout doucement mis au charbon. Tout est parti de là, on est devenus un binôme complet. En cinq ans, on a su trouver notre alchimie et en plus de ça, c’est un vrai ami.

Tu as appris à produire en l’observant ?

J’aimais bien ses prods, mais je voulais kicker sur d’autres délires que lui ne voulait pas forcément faire. J’ai dû me démerder. Raiden et moi, on a quand même des goûts différents sur certains aspects, et je respecte qu’il ne veuille pas aller dans des bails qui ne lui correspondent pas. On va dire que je suis un peu plus ouvert à l’expérimental, et donc plus enclin à tester des choses qui n’existent pas. La plupart de ces sons finissent à la corbeille, mais ils me permettent de progresser. Si on remonte dans le temps, c’est bien Raiden qui m’a guidé à mes débuts. Aujourd’hui, on bosse les prods ensemble et ça fonctionne plutôt bien.

Comment t’es-tu intéressé à la culture UK, bien avant de penser à la drill ?

Le lien s’est fait facilement. L’électro underground, à l’époque, c’était en majorité de la future bass et des sonorités qui se rapprochaient du UK garage. Tu finis forcément par dériver et écouter du grime et de la drill. On parle de 2016, vers là. J’ai eu le temps de voir les choses venir. En ce moment, tout le monde a l’air d’être matrixé par cette vague, les mêmes qui se foutaient de « Man’s Not Hot » à cause de l’accent du type, alors qu’il avait déjà une façon de découper qui reprenait les codes de la drill. Personnellement, celle que je préfère vient de Chicago. Celle des Chief Keef, Fredo Santana, Tadoe… Je suis surtout admiratif des producteurs, des gars comme Murda Beatz et TM88 sont des légendes.

Toutes ces influences se rejoignent sur « 33+FEELING », un de tes morceaux qui a le mieux marché jusqu’à aujourd’hui.

Il ne devait pas du tout être comme ça à la base. Je voulais un truc plus wavy, j’avais déjà une maquette sur une prod d’Ottotyle. Le jour où j’ai record, j’étais au studio et j’écoutais plein de type beats, jusqu’à ce qu’un me fouette en plein visage. J’ai gardé le refrain de mon texte original, mélangé à un plus ancien et tout le reste est en impro, je me suis laissé aller. Ça a poussé ma communauté à s’ouvrir à ce style de musique. De la drill émotive, quelque chose de différent de ce qui avait pu se faire, c’était une bonne initiative.

Qu’est-ce qui fait que tu es plus à l’aise avec tes émotions dans ce que tu crées ?

L’amour. J’ai commencé avec des sons énervés, mais j’ai évolué. J’ai aussi eu une période où je voulais montrer ma technique, puis j’ai compris ce que je voulais faire, et mis l’accent sur ce que je ressentais. Je préfère y mettre du coeur que de l’ego. Je n’ai pas de pression, je ne suis pas célèbre. J’ai compris que je pouvais jouer avec mes sentiments et les transmettre comme je le souhaitais avec ma voix. Dans « 33+FEELING », j’aurais pu interpréter le texte différemment. C’est l’aspect de ma musique que je travaille le plus. Avec les notes que j’accentue sur certains mots, j’essaye d’avoir ma patte, quelque chose qui reste sur mes tracks même si je tente de couvrir plusieurs univers.

Il se passe quoi dans ta tête quand tu entres en studio ?

J’essaye de me demander ce qu’aurait fait Smokepurpp (rires). Si tu regardes ce que je fais, tu vas capter quelques similarités. Il m’inspire grave, surtout sur le choix de ses prods. Ça m’a rendu aussi très difficile sur celles que je veux kicker. Raiden est très productif donc on finit toujours par s’accorder, mais c’est relou pour les plus petits beatmakers avec qui j’essaye de bosser. Je ne veux pas les faire serrer.

Tu évoquais plus tôt la volonté de rassembler ta ville. Aujourd’hui, c’est z0ne qui te manage. Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?

Je me rendais compte que je me ralentissais trop à diriger tout un groupe de personnes qui n’étaient pas motivées au même niveau. J’avais des idées de mixtapes et de concerts sans pouvoir les concrétiser. J’ai eu de la chance de les rencontrer. On a plusieurs amis en commun, car comme je t’ai dis, Bordeaux est une petite ville. Au début, je voulais simplement leur demander quelques conseils, les bases du management. Je leur ai fait confiance, ils ont des compétences dans des domaines que je ne connais pas. Aujourd’hui, j’ai une petite équipe autour de moi : une photographe, un caméraman, un ingé son… Ils m’aident à me développer et j’essaye de leur rendre la pareille en les connectant avec des artistes, comme pour le concert de Him$ à l’I.Boat.

Ils t’ont aussi permis de te concentrer davantage sur tes visuels.

Vraiment. J’ai toujours été à propos de ça. De base, je skatais et je faisais des édits. J’ai commencé à prendre des photos, apprendre le montage et créer tout seul mes covers. C’est ce qui est le plus important aujourd’hui, d’apporter quelque chose de personnel en plus à son image. En ce moment, j’essaye de miser sur les clips pour faire une transition entre SoundCloud et YouTube. Je bosse avec mon monteur 2xvroum, on a la même vision des choses. Tout va plus vite quand il y a du visuel, même si je suis habitué à ne pas forcer et laisser la promo se faire toute seule. En voyant ce que ça a donné pour « Bitume », je trouve que c’est encourageant.

Avant de retourner à tes occupations, tu voudrais peut-être parler de tes prochaines sorties s’il y en a ?

Je vais drop un ou deux projets d’ici la fin de l’année, toujours accompagné de Raiden, mais aussi d’autres beatmakers que j’apprécie comme Izen. Pour ma première tape solo, je pense que je ne ferai pas de feat. Mon ingé son est aussi guitariste, j’aimerais bosser avec sur quelques sons en acoustique et continuer d’expérimenter des vibes pour le reste. On parle de bails qui sortiront sûrement dans la deuxième partie de l’année. À court terme je vais sortir un son avec ThaHomey, produit par mon g Nazo. Je l’ai teasé plusieurs fois, toujours avec de très bons retours. J’attends juste la fin du confinement pour en dévoiler un peu plus.

 

Texte : Nathan Barbabianca

Crédit : z0ne

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