Jeune Hustler, espoir helvétique du pilon rond

Lorsque l’on cite le paysage hip-hop suisse, ce n’est certainement pas la ville de Sion qui ressort en premier, mais davantage Genève et Lausanne. Seulement voilà, depuis quelques temps le hood valaisan commence à prendre du galon, et le rappeur Jeune Hustler n’est pas étranger à cette soudaine montée en puissance. Membre du collectif Jouvence Corp ainsi que du groupe Chaussettes Sales, le MC a décroché une frappe en pleine lucarne avec la sortie de son premier projet, le bien nommé N10.

 

Fin novembre 2019, quelques mois avant l’ouverture du mercato d’hiver, le rap jeu helvétique a vu débarquer dans ses rangs un rookie pétri de talent. Loin de se cantonner à cirer le banc de touche, Jeune Hustler vise plutôt le poste de titulaire en équipe nationale, comme en atteste sa toute première percée en solo dans la surface adverse. Avec N10 le rappeur enchaine les références à l’univers du ballon rond, tout en calant une myriade de punchlines à l’assurance certaine. La nonchalance de Balotelli couplée à la vista d’Iniesta : focus sur le futur numéro dix de la scène rap suisse.

Flow propre et chaussettes sales

Ayant fait ses classes auprès du centre de formation Jouvence Corp dont est issue la team Chaussettes Sales (avec ses acolytes Jeune Sachet et le beatmaker Le Tigre), Jeune Hustler prouve toute son aisance technique au sein des 10 titres du projet. Au grès des prods composées par Le Tigre ainsi que du Lausannois Le Jeune K, l’artiste se paie même le luxe d’inviter Infinit’ à poser sur un de ses titres. Au rayon des feats, on retrouve également le golden boy de Vevey, MEGA.

« J’suis dans le hustle un peu comme Nipsey » dixit la punchline la plus marquante de « Twint » : la thématique phare du projet réside dans l’évocation de la débrouillardise selon Jeune Hustler. Rien qu’avec ce premier titre, nous voilà immergés dans le quotidien résolument sombre du rappeur, entre deal de verte et répulsion des bleus. Le phrasé est incisif, la technique instinctive… Et ce n’est que l’échauffement. Morceau éponyme du projet, « N10 » fait la part belle aux lyrics égotrip, où les métaphores footballistiques sont légion. Ainsi, Jeune Hustler se compare aux plus grands numéros 10 de l’histoire, tels Zidane, Totti où encore Messi. Avec ce banger de compétition au refrain entêtant, il fustige ses concurrents et impose son lifestyle. Session drift sur la piste de « Rallye » en compagnie du Veveysan MEGA, invité pour l’occasion par son alter ego de Sion. Dans la lignée de l’album, le son se veut énervé, avec une instru aux basses omniprésentes. Force est de constater que l’alchimie du duo prend à merveille, alternant leurs kickages respectifs sans discontinuer sur fond de motocross.

Mise au vert

Second guest de l’album et pas des moindres, le sociétaire de Don Dada Records : Infinit’. Bien avant de sortir son excellent projet Ma Vie Est Un Film 2, ce dernier s’est permis de délivrer une passe dé’ à son homologue suisse. Loin d’être éclipsé par les skills du rappeur niçois, Jeune Hustler maitrise son sujet et compare son train de vie effréné à une partie de « Cluedo ».

Le trio de d’attaque « Télégramme », « Nougatine » et « Penalty » délivre de véritables frappes auditives qui n’ont rien à envier aux pralines d’un Juninho en pleine lucarne. Avec ces enchainements de dribbles éclairs façon vieux briscard du ballon rond, on aurait tendance à oublier qu’il s’agit du premier album de Jeune Hustler.

Habitué aux bangers, Jeune H aime pourtant varier son dispositif tactique, comme le prouvent certains titres davantage planants qu’à l’accoutumée. Avec « Hummer », celui-ci évoque sa conso de weed démentielle en période estivale, la qualifiant plus intense que celle du gigantesque véhicule. Le phrasé est plus lent, et les allégories, omniprésentes. À tel point qu’on s’imagine sans peine les sessions pilon du numéro 10 accompagné de sa team, un soir d’été.  « Bâtiment » est sans doute le track le plus nostalgique du projet. Le MC y décrit sa vie et celle de ses potes, entre galères et envie de s’en sortir pour de bon. Jeune Hustler clôt son disque de fort belle manière avec le bouillant « Soleil De Minuit ». Doté d’une production lunaire, le titre s’avère être l’un des plus aboutis de N10, à tel point qu’on espère gratter encore quelques minutes de temps additionnel.

Jamais hors-jeu sur ses actions, le numéro dix suisse signe une prestation de haute volée digne des cadors internationaux. De quoi figurer au sein de l’équipe type de l’année ? Reste au Jeune Hustler de confirmer sa montée en puissance avec une seconde incursion dans la surface attendue de pied ferme. Il se murmure en effet que le rappeur va rechausser les crampons dès cet été avec le projet 11 de Légende. En conclusion, N10 s’apprécie comme un match référence : on connait le contenu par cœur mais le plaisir est toujours intact à chaque session.

 

Texte : François Graz

Crédit : Jeune Hustler

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