Norsacce, marathonien comme Nipsey

Le 11 septembre 2018, Norsacce Berlusconi, mitrailleuse Gatling de la secte 667, avait prévenu ses auditeurs dans son track « Bullshit », sur la mixtape RAR. : « 667 puissance illimitée mon né***, tu sais que je n’suis pas au maximum. » Trois ans plus tard, on peut dire que le rappeur qui a vécu entre Dakar et le Val-d’Oise (95) ne nous a pas menti. Marathon, son album sorti en février dernier, est probablement son projet le plus abouti. Il s’agit d’un enchaînement de 14 pistes, sur lesquelles Sacce plie les instrus une par une, tout en promouvant les valeurs philanthropiques de son crew et en rendant hommage à Nipsey Hussle.




« Marathon, ça fait combien de temps qu’j’le run / Dans ma quête, poursuivi par des singes né*** comme dans Temple Run » rappe Norsacce dans « Gospel Brolik », track drill en feat avec Ashe 22. Kickeur depuis 2008, Sacce est loin d’être un lapin de trois semaines dans le milieu. Norsa a plutôt la force tranquille du lion, la patience d’un crocodile et l’endurance des oiseaux migrateurs. Après Neonegro et RAR., sortis respectivement en 2017 et 2018, le rappeur drop Marathon, son troisième projet solo.

La course de fond continue

2008, c’est aussi le moment où la révolution numérique dans le monde des produits culturels, débutée à la fin des années 1990, a forcé les acteurs de l’industrie musicale à se réinventer. C’est également à cette période que feu Nipsey Hussle (1985-2019) a lancé, à Los Angeles, son label All Money In No Money Out. La structure conceptualisait alors l’autosuffisance et l’indépendance économique, et promouvait l’investissement pour créer de la richesse. Véritable hustler et magnat du rap, l’artiste afro-américain était aussi un activiste qui a soutenu et aidé tout au long de sa carrière sa communauté, son quartier de Crenshaw et l’entrepreneuriat des siens.

Sa philosophie de vie, à savoir la poursuite de l’excellence en toute autonomie pour faire croquer ses proches, était ce qu’il appelait The Marathon, nom qu’il a donné à l’une de ses premières mixtapes, en 2010. Sa vision innovante du business continue de motiver et d’influencer toute une génération d’individus, dont fait partie Norsacce Berlusconi, soldat iconique du 667. Killu dès ses débuts dans le peura il y a 13 ans, il s’est lancé dans une course de fond à la Nipsey, une course qu’il compte terminer auréolé de succès.

Le nom du troisième album du membre de la secte, sobrement intitulé Marathon, est un hommage explicite au rappeur américain, assassiné en 2019 devant sa boutique de vêtements, au 3420 West Slauson Avenue, dans le sud de Los Angeles. Les principes d’un Nipsey se rapprochaient de ceux d’un Marcus Garvey, pionnier du panafricanisme et symbole du concept de « Néo nè*** », et ces valeurs constituent la personnalité de Norsa. Cependant, ce dernier ne souhaite pas terminer dans le sang comme Ermias, « Damn, yeah, fuck un destin tragique », crache-t-il dans « Wayans ».

« Meurtre est phonique, gospel brolique »

Comme le « local hero » de Crenshaw, Sacce reste fidèle à son rap. Il ne compte pas travestir son art ou retourner sa Goretex pour réussir. « J’vais l’faire sans sacrifice », dit-il dans le refrain du morceau « Headshot », dont la mélodie épurée de Flem laisse une grande place aux bars rythmés et hyperactifs du MC. Les allitérations et les coups de latte à base d’égotrip pleuvent comme les balles d’un Draco de Chopper City. Tout au long de Marathon, Norsacce semble avoir un objectif : plier coûte que coûte chacune des prods proposées par Congo Bill, Flem, ou Sectra et 2K. Une sorte d’exercice de force qui fait office de passe-temps chez Sacce : « J’suis dans le biz, les sapes, le rap, mais c’que j’préfère : shooter l’instrumentale », assène-t-il dans « Lucky Strike ». Le rappeur montre ainsi l’étendue de ses capacités. Rapper, jouer avec les mots et les images paraît trop facile pour lui.

Pour ce troisième projet, Norsa a laissé de côté l’autotune et les reverbs qu’il affectionnait particulièrement sur Neonegro et RAR., ou sur certains singles comme « Dans la tête ». Les refrains légèrement chantés ne sont plus présents non plus, à part sur « Wayans ». « Marathon te baffe, tu peux qu’valider si c’tait pas d’jà le cas » kicke-t-il sèchement dans « Legolas », track sur lequel il découpe avec l’expérience d’une cougar. Cette volonté de dégommer chaque instru en pur rap est renforcée par les invités du projet. Freeze Corleone, Osirus Jack, Aketo, Captaine Roshi et Dubble Cup Kase rappent tous en passe-passe avec Norsacce sur leurs sons respectifs. Une épreuve crescendo cadencée où chaque artiste est poussé à se surpasser pour être toujours au niveau de la bar précédente.

Mention spéciale à « Ebola » avec Larosh, où les styles des deux protagonistes se marient parfaitement sur la musique anxiogène de Congo Bill. Même constat pour le très beau « Pirates », où Flem et Congo ont samplé « Du rire aux larmes » de Sniper. Les flows variés d’Aketo et de Sacce s’enchaînent efficacement et la collab 667-SNI pond instantanément un classique intergénérationnel. Le seul morceau avec un schéma plus traditionnel est « Gospel Brolik », en compagnie d’Ashe 22, où, néanmoins, le meurtre reste phonique.

Brolique philanthropique

Dans le nuage de fumée que laisse derrière lui le semi-auto du 667 après avoir allumé, des fufus singent son style. Des « Gad » (Elmaleh), comme il les désigne sur « Lucky Strike », qui ont intérêt à mettre du respect sur son blaze car ils savent ce qu’ils lui doivent. « Les écoute pas, influe-les », lance-t-il dans « Intro Marathon ». Une phase qui remet le 667 à sa juste place dans le jeu, tant le crew cryptique marque son époque à la manière d’un Raider Klan.

Pour appuyer les innombrables punchs de Sacce qui montrent la supériorité de l’écriture des membres du MMS, Osirus lâche un condescendant « Biatch, j’suis Pep, t’es Le Guen » dans « Secte Part.3 ». Freeze, quant à lui, se contente d’un « 667 aka dream team » sur « 4 saisons », morceau dans lequel Norsa affirme être incontournable comme les cycles du calendrier.

Chen Zen et le Tsar Noir sont les deux seuls membres de l’ekip à être présents sur Marathon. Peut-être le signe d’une reformation du CFR ? Malheureusement, rien n’est moins sûr. Bien que moins ésotérique dans ses textes que ses deux acolytes, Norsacce « n’attend pas le week-end pour être killu ». Il est même, historiquement, le premier killuminati du MMS, à en croire ses paroles dans « Lucky Strike » et « Gucci 2 fois ».

Ainsi, il place quelques lignes avec sa vision géopolitique du monde aux antipodes des versions officielles occidentales. « Esclavage sauvage sous la Crête, en enfer, y’a pas full cachettes », dénonce-t-il dans « Intro Marathon » pour aborder le destin dramatique de milliers de migrants qui ont voulu rejoindre l’Europe et qui ont fini vendus comme du bétail. Un peu plus tard, dans le même track, Sacce rend hommage à Claire Séverac, lanceuse d’alerte ou complotiste selon l’opinion de chacun, qui étudiait sur l’existence d’un potentiel complot mondial contre la santé afin de réguler la population mondiale. Dans « Lucky Strike », le rappeur envoie qu’il ne croit pas « l’ONU comme l’Afghanistan ». Philanthrope, Norsa veut éveiller ses auditeurs et les amener à réfléchir en se posant des questions, afin de créer un monde meilleur.

« Nos plans s’emboîtent bitch comme dans Tetris » disait Norsacce sur « Si ça rapporte » dans RAR.. Comme Nipsey, Norsacce a toujours le même objectif sur Marathon : élever les siens. Récemment, sur une story de Bagdaad, on voyait du matériel scolaire envoyé au Sénégal. L’empire des soldats du 667 est plus concret que jamais.


Texte : Arthur Duquesne

Crédit : DGT Korp

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